Ce qui cloche avec l’évaluation

Cette semaine, dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec, les élèves recevront, si ce n’est déjà fait, leur bulletin de la première étape.

Alors qu’un bulletin ne devrait être que la communication du cheminement de l’élève au regard de sa progression, la réalité est toute autre.

En effet, la remise du bulletin est une période de stress et d’anxiété pour tout le monde : enseignants, direction, parents et élèves. Alors que les uns doivent fournir des preuves chiffrées de la compétence ou l’incompétence d’élèves qui évoluent différemment, les autres attendent impatiemment ces résultats pour connaître leur score, leur rang, indication très peu élaborée d’une performance standardisée.

Dans cette culture de l’évaluation qu’entretient notre système scolaire, les apprentissages n’ont que peu de place, malheureusement. Pouvons-nous réellement être étonnés de voir nos jeunes en difficulté décrocher ? Nos jeunes performants anxieux et stressés ? Dans cette série sur l’évaluation, nous tenterons :

  1. d’identifier ce qui cloche ;
  2. de proposer des pistes pour passer d’une culture de l’évaluation à une culture de l’apprentissage ;
  3. de nommer quelques défis qui nous attendent.

 

QU’EST-CE QUI CLOCHE AVEC L’ÉVALUATION ?

  • On n’intègre pas assez l’évaluation à l’apprentissage ; on évalue les jeunes de façon formelle trop souvent. C’est rassurant pour tout le monde. Surtout dans un contexte où l’on veut tout enseigner. Du coup, il n’y a plus beaucoup de temps pour apprendre et se pratiquer. Du coup, il n’y a plus de place pour l’évaluation formative continue et la rétroaction. Du coup, il n’y a plus d’occasions de se relever de ses erreurs. Généralement, l’élève reçoit et subit l’évaluation plutôt que de la voir intégrée à son parcours.
  • On évalue trop tôt les enfants dans leur parcours scolaire, ne permettant pas à certains de développer pleinement les compétences de base en littératie, essentielles à la réussite scolaire.
  • On n’évalue pas toujours les bonnes choses ni de la bonne façon ; on évalue systématiquement et trop souvent des notions de base, des connaissances, des contenus, sans offrir de contexte, de sens, de réalisme.
  • On évalue tout le monde en même temps et de la même façon.
  • On évalue les élèves avec des chiffres. Avec des chiffres ? Ça permet certes de comparer, de donner un rang, mais en dit tellement peu sur les forces et défis de l’élève.
  • On ne donne pas à l’erreur la place qui lui revient ; on punit les erreurs lors de l’évaluation et on ne revient pas sur les difficultés. On rétroagit après l’évaluation formelle plutôt qu’en cours d’apprentissage.
  • On ne tient pas compte de la progression ; progresser, ça prend du temps. De plus, un élève qui commence l’année sur les chapeaux de roues mais qui démontre une belle progression reçoit un résultat final qui tient compte de ce début. Une moyenne, ce n’est pas une représentation d’une compétence en temps réel.

Bien que les enseignants jouent un rôle important dans l’évaluation et qu’ils peuvent contribuer au changement de culture, ils sont eux aussi restreints de multiples façons. Ils se retrouvent devant de grands groupes d’élèves ayant des profils très différents et doivent respecter des programmes, souvent surchargés (surtout au secondaire), en plus de préparer les élèves à réussir les examens ministériels. Ils doivent répondre aux attentes de la direction et aux inquiétudes des parents en plus de répondre constamment à l’inévitable question des élèves : « Est-ce que ça compte ? »

Pour changer la culture, il faut changer le système.

Cela se fait, sans aucun doute. Pas sans effort ou sans conviction, mais ça se fait. Cela se fait ailleurs dans le monde. Pourquoi pas chez nous ?

Dans le prochain article, nous réfléchirons à des moyens qui nous permettraient de passer d’une culture de l’évaluation à une culture de l’apprentissage. Si, dans nos écoles, nous ne pouvons changer le système, nous pouvons tout de même être créatifs et faire autrement.

Avez-vous des suggestions ?

 

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