Oui, communiquer des projets qui n’ont pas encore été vécus en classe !

Le 25 janvier passé, nous avons eu le plaisir de prendre part à notre 5e foire pédagogique. Dans les semaines avant notre bel événement, j’ai encore rencontré une situation nouvelle de cette année, une situation qui m’interpelle : une sorte de prudence des collègues, plus négative que positive, je crois. Depuis septembre en effet, j’ai quelquefois écouté des enseignants affirmer qu’ils n’étaient « pas encore prêts » à présenter, ici à la foire, en rencontre de niveau ou bien dans les congrès disciplinaires ou technopédagogiques. Selon elles et eux, que leur activité d’apprentissage n’ait pas encore été vécue en classe serait donc invalidant ? Je suis d’un autre avis. Il me semble qu’il y a plusieurs moments pertinents pour communiquer une démarche pédagogique, et pas seulement lors d’un retour d’expérimentation ! C’est ce à quoi je veux réfléchir ici.

Le monde du leadership a permis que se répande le mantra « failling forward » de John C. Maxwell (2000) : à tout âge, chercher à s’ajuster à la suite d’un ratage. C’est ce que j’écrivais dans mon précédent billet. De même, dans l’univers du logiciel libre en code source ouvert, une programmation différente pourrait naître à un point x de l’histoire. Bien entendu, comme passionné de pédagogie et des super profs de notre école, je voudrai aussi prendre des nouvelles du projet au temps de son expérimentation en classe, mais c’est durant son élaboration que j’ai le plus de plaisir à ce qu’on me raconte une activité d’apprentissage. Est-ce de même pour vous ? Non seulement la tâche peut-elle encore se bonifier, mais comme dans l’univers du logiciel libre, de nouvelles idées pourraient jaillir si nous avons pu avoir accès au processus de création.

Quelle pourrait donc être la cause de cette posture ? Un perfectionnisme découlant des attentes toujours à la hausse ? Une peur du jugement des autres ? Un petit fond d’orgueil professionnel qui incite à moins s’exposer ? De l’anxiété à l’idée de ne pas pouvoir répondre à toutes les questions ? Une idéalisation des collègues, si bien qu’on s’inquiète de ne pas être à la hauteur ? Ou encore serait-ce la crainte de ne pas les emballer assez ? Ou encore, serait-ce dû à une hantise de les pousser dans un chemin qu’on voudrait soi-même pouvoir quitter ?

Je ne saurais pas le dire exactement — ou dire s’il s’agit de la même réponse pour tout le monde ! Je me souviens toutefois qu’à mon arrivée à Sainte-Anne, on entendait plusieurs se dire « pas ben ben bons » avec les technos. Le sentiment de compétence a repris le dessus depuis. Et heureusement ! En espérant maintenant voir s’effacer aussi cette attitude trop sage, presque autohandicapante, au profit d’une culture d’école saine et plus optimiste !