5 pistes pour se préparer à enseigner à la rentrée 2020

Cours à distance

Le 16 juin dernier, le ministre de l’Éducation annonçait, pour la rentrée 2020, un retour complet en classe pour tous les élèves du Québec. Les règles de distanciation qui s’imposent risquent de favoriser un retour malheureux vers un mode d’enseignement exclusivement magistral. Pour éviter ce piège, nous devons repenser notre planification de cours, faire preuve de créativité afin d’engager nos élèves, au sein de leurs îlots, dans des tâches actives et signifiantes. De plus, nous devrons nous attendre à enseigner à des élèves qui seront en classe et d’autres qui se verront confinés à la maison. On appelle ce mode bimodal (présentiel et distance en simultané) ou hybride (présentiel et distance en différé). Comme le disait le ministre, nous devons aussi être prêts à basculer rapidement à un retour complet en enseignement en distance de grande qualité en cas de deuxième vague.

 LA PÉDAGOGIE ACTIVE, UNE CONDITION INCONTOURNABLE

Pour faire vivre des apprentissages signifiants en mode bimodal, il ne suffit pas d’installer une caméra fixe dans les classes, solution relativement simple sur le plan organisationnel, mais qui encourage une approche magistrale, compromettant l’engagement et la motivation des élèves. Brian Beatty, expert et chercheur en enseignement bimodal, insiste sur la corrélation entre l’utilisation de méthodes de pédagogie active et la motivation des étudiants dans ce mode. 

Face à ce constat, l’enseignante doit revoir le design de ses cours, briser les murs de sa classe  de façon à intégrer, de façon inclusive, tous les élèves. Lorsqu’elle planifie ses cours, elle doit se questionner et privilégier les modes d’apprentissage les mieux adaptés pour chaque tâche; individuelle ou  collaborative, synchrone ou asynchrone, grand groupe ou petits groupes, etc.

LES PISTES DE RÉFLEXION: PAR OÙ COMMENCER?

  • Faire des choix technologiques judicieux
    Le choix de la plateforme est déterminant. Il est important d’opter pour la plateforme la plus complète possible. Celle-ci doit permettre de loger des contenus, de communiquer le plan de travail, de favoriser la collaboration entre les élèves, de recueillir les traces d’apprentissage et de faciliter la rétroaction. Nos plateformes préférées sont Google Classroom avec une suite Google pour éducation et Teams de Microsoft, car elles sont complètes et intuitives. Google a l’avantage de permettre à l’enseignante de suivre en direct le travail collaboratif des élèves. Moodle est une plateforme puissante et largement utilisée, mais exige de l’enseignante qu’elle utilise d’autres outils de collaboration et d’interaction, et qu’elle soit prête à faire un peu de codage pour exploiter les fonctions plus complexes. Didacti est une plateforme québécoise qui encourage le partage de ressources éducatives. Peu importe la plateforme que vous choisissez, il est fortement recommandé de la partager avec vos collègues afin que vous puissiez collaborer et vous entraider.
  • Prévoir une gestion de classe engageante
    Une bonne gestion de classe et une planification de cours structurée sont essentielles au bon fonctionnement d’un cours bimodal. Afin d’optimiser le rythme du cours, autant pour les jeunes à la maison que pour les jeunes en classe, l’implantation de routines est une stratégie gagnante. En effet, à distance, les « pertes de temps » et l’improvisation nuisent considérablement à l’attention des élèves. Celle-ci est plus facile à perdre et plus difficile à retrouver. Il faut donc être bien préparé à garder le rythme en planifiant le déroulement des tâches synchrones et asynchrones, les rencontres en petits groupes, les transitions, l’accès au matériel pédagogique, les livrables pour les élèves, la formation des équipes, le mode d’interaction avec l’enseignant pour les élèves à distance, etc. Rappelez-vous qu’en mode expérimentation, il est normal de vivre des échecs et de rencontrer des difficultés.  Attendez-vous à devoir vous réajuster et ne soyez pas trop dur avec vous-même.
  • Repenser l’enseignement explicite
    L’enseignement en mode bimodal est le contexte idéal pour faire vivre la classe inversée. Afin d’optimiser le temps de classe pour des activités actives et engageantes, il devient important de repenser nos façons d’enseigner de façon explicite. N’hésitez pas à en varier les formes. La vidéo devient un outil à privilégier, car elle permet aux élèves d’accéder au contenu avant le cours et d’y revenir plus tard, au besoin. Si la vidéo vous intimide, débutez simplement et partagez cette tâche entre collègues. Vous pouvez aussi utiliser des vidéos qui existent déjà et les mettre à votre main dans une plateforme comme Edpuzzle, par exemple. Il est aussi possible de prévoir des moments d’enseignement explicite en synchrone (maximum de 20 minutes) lors desquels l’enseignant maintient l’attention des élèves (en classe et à distance) à l’aide d’une activité interactive. Par exemple, on peut penser à un mur collaboratif dans Padlet, un nuage de mots dans Mentimeter, une carte conceptuelle dans Padlet ou Mindomo. Bref, la posture d’une pédagogie active est importante dans toutes les phases de l’apprentissage.
  • Privilégier l’actif et le collaboratif
    Toujours dans le but d’engager des élèves, il devient impératif de planifier des tâches engageantes, signifiantes, préférablement complexes pour que l’élève développe sa compétence, mais aussi suffisamment longues pour y prévoir des points de contrôle qui vous permettront de rétroagir et de relancer la motivation. Les propositions collaboratives sont à privilégier puisqu’elles permettent de réunir les élèves en classe et à distance, augmentant les possibilités d’entraide et de socialisation. Dans la même suite d’idées, une bonne collaboration avec vos collègues dans la planification pédagogique peut à la fois alléger la tâche de l’enseignante et faire émerger la créativité.De nombreux outils vous permettront de faciliter la collaboration entre élèves. Les outils collaboratifs pour les élèves de la suite Google sont hors pair et l’outil de visioconférence Google Meet intégré à la plateforme Google Classroom vous permet de lancer une visioconférence en un seul clic. Microsoft Teams est bien appréciée pour la fonction de clavardage et pour les réunions par visioconférence en petits groupes. Microsoft annonce des développements durant l’été, mais à l’heure actuelle, nous ne recommandons pas la plateforme Teams comme outil de visioconférence en grand groupe. L’outil Zoom, avec ses salles de sous-groupes et ses nombreuses fonctionnalités permettant l’interaction est la plateforme la plus puissante en ce moment, aussi très populaire auprès des enseignantes. Nous encourageons les écoles à se doter de quelques licences de cet outil.
  • Prévoir des mécanismes de rétroaction efficaces
    La crise sanitaire occasionnant la fermeture des écoles primaires, secondaires et des établissements d’études supérieures a forcé les acteurs du milieu à repenser l’évaluation. Bien que le ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport disait déjà en 2003 que « l’élève n’apprend pas pour être évalué; il est évalué pour mieux apprendre », ce paradigme a pris tout son sens ce printemps. Au lieu de se tourner vers des logiciels pour reproduire une salle d’examen surveillée, les enseignants ont repensé la nature de leurs tâches d’évaluation. Au lieu de trouver un faux réconfort dans des plateformes de contrôle de furetage ou de plagiat, les enseignantes ont cherché des outils leur permettant de suivre l’élève dans un processus et de donner des rétroactions en cours d’apprentissage. Au lieu de se fier sur un calcul mathématique pour communiquer l’atteinte des compétences de leur programme, les enseignantes du Québec ont utilisé leur jugement professionnel pour témoigner des acquis des jeunes. Ces gestes ont mis l’évaluation au service de l’apprentissage et nous exhortons les enseignants du Québec à poursuivre leurs efforts en ce sens à la rentrée. 

    Dans un contexte de pédagogie active, les élèves sont en action pendant le cours, dégageant ainsi l’enseignante qui peut marcher sa classe et rétroagir, tant sur le plan des apprentissages que du processus collaboratif. Les plateformes de cours et les outils technologiques cités plus haut permettent de faire le suivi de tous les élèves, « d’avoir les yeux » tant sur les élèves en classe qu’à la maison. L’enseignante doit trouver des moyens de rendre la pensée de l’élève visible, en plus d’investir temps et énergie sur une rétroaction que l’élève peut réinvestir immédiatement. Une fois à l’aise avec les outils de rétroaction, n’hésitez pas à différencier les types et les contextes de rétroaction selon les besoins des élèves. Les outils technologiques nous permettent la rétroaction orale enregistrée, en vidéo, en conversation directe de manière individuelle, en petit groupe et en grand groupe. Plutôt que de voir la rétroaction comme une montagne de travail à faire à la fin d’une unité, on se dote de points de contrôle, de billets d’entrée et de sortie et on exploite les fonctions intégrées aux plateformes de cours.

En conclusion, nous vous souhaitons des vacances estivales qui vous permettront de vous ressourcer, tout en rêvant d’une rentrée des plus engageantes pour tous les élèves.